15 novembre 2008
Marx doit se retourner dans sa tombe
S’il n’est guère plus enseigné aujourd’hui, Marx redevient d’actualité. Le philosophe avait pourtant prédit l’auto destruction du capitalisme.
Depuis août 2007, la crise des subprimes et les dérives de la finance mondiale ont conduit le monde au bord du précipice. Les prophéties du philosophe et économiste vont-elles devenir réalité ?
Ce week-end, 15 novembre 2008, se tient à Washington le sommet du G20 (les 20 pays les plus riches représentant environ 85% de la richesse mondiale). Objectif : réguler la finance mondiale et les excès du capitalisme.
Mais que peut-on attendre réellement de ce sommet ?
Plus de régulation sans doute. Nos dirigeants devront trouver un consensus pour encadrer un certain nombre de pratiques qui, depuis le début des années 80, sont devenues amorales.
Il faudra donc réguler le crédit accordé aux spéculateurs, contrôler les banques, encadrer les marchés de produits dérivés, s’attaquer aux paradis fiscaux, encadrer les rémunérations, réformer les agences de notation, changer les normes comptables, réguler les fonds spéculatifs (les fameux hedge funds) et concevoir une nouvelle gourvernance mondiale (lire à ce sujet « les 10 chantiers de la régulation financière » - Alternatives Economiques – novembre 2008).
Mais l’injection récente de milliards d’euros et de dollars pour sauver les banques n’est-elle pas révélatrice des failles d’un marché dont la prétendue auto régulation a décidément montré ses limites ?
Par ailleurs, cette prodigalité soudaine et quasi inconditionnelle des Etats interventionnistes ne participe t-elle pas aussi à cautionner les errements d’un système financier qui a perdu ses repères ?
Autant de questions auxquelles il faudra bien se résoudre à répondre tôt ou tard.
La mondialisation ne fonctionne pas. Les économistes les plus avertis comme Joseph Stiglitz, ex vice-président de la Banque Mondiale (et démissionnaire…) l’ont déjà expliqué dans «la grande désillusion ».
Patrick Artus, membre du Conseil d’Analyse Economique, rejoint bien Marx quand il compare le processus de la mondialisation à « une usine à profits » (lire « le capitalisme est entrain de s’auto détruire » de P. Artus).
Mais profit pour qui ? pour combien d’entre nous ?
Les chiffres sont pourtant bien là : les 3 personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure au PIB total des 48 pays en développement les plus pauvres ! (lire à ce sujet l’excellent anti manuel d’économie de Bernard Maris).
Ainsi, depuis quelques années, le paradigme de l’économie de marché, jusque là admis comme étant incontournable par la pensée économique dominante, trouve de plus en plus de détracteurs.
Car enfin, qui peut croire encore que la main invisible d’Adam Smith, père de l’économie libérale, serait susceptible de conduire, par des forces supposées naturelles, au bonheur de tous ?
Et pourtant, il faut croire aux vertus de la liberté en économie : liberté de créer, liberté d’entreprendre, liberté de consommer, liberté d’épargner, liberté d’investir, etc…
Il faut donc en finir avec le clivage manichéen marché/Etat. Il est devenu stérile. Une chose est sûre cependant : les partisans du libéralisme n’ont ni tort, ni raison. Il en est de même pour les tenants des doctrines interventionnistes.
Il faut donc REINVENTER L’ECONOMIE.
A vrai dire, il est peu probable qu’il faille réinventer l’économie. Il faut plutôt en revenir aux questions fondamentales que doit régler la « science » économique.
La première de ces questions est la suivante : comment organiser plus harmonieusement le partage des richesses tout en assurant un revenu minimum pour tous ?
Vision utopique ? Peut-être pas, à condition que nos gouvernants admettent que le temps est venu de réinventer la manière de vivre ensemble.
Il faut passer d’une économie utilitariste à une économie humaniste.
Certains ont déjà montré la voie. John Rawls défend le principe du libéralisme et pose comme condition préalable à son existence l’idée que chaque personne devrait avoir droit à un système de libertés de base égales pour tous.
Amartya Sen a élargi l’analyse purement comptable de l’économie (PIB) à une approche plus globalisante (IDH= Indicateur de Développement Humain) qui prend en compte davantage le bien-être individuel.
Mohammed Yunus, surnommé le banquier des pauvres, prouve aujourd’hui que des alternatives économiques sont possibles grâce à de nouveaux modèles d’entrepreneuriat social (projet Grameen Danone Foods).
Il faut probablement aller plus loin et explorer de nouvelles voies.
Voici quelques propositions que je soumets au débat (c’est tout l’objet de ce blog). Il s’agit évidemment d’un vaste chantier auquel je veux modestement apporter ma contribution.
- 1/ créer un standard international, une charte des droits économiques fondamentaux : « l’ECOBASE ».
Il s’agirait de normes communes ratifiées d’abord par les pays du G20 puis ensuite transposées aux pays les plus pauvres.
Le droit à l’alimentation, le droit à la sécurité, le droit au logement et le droit à la santé sont les 4 piliers qui devraient cimenter les fondations de nos sociétés et donc figurer parmi les priorités du texte.
En 2008, la Banque Mondiale a fixé à 1.25 dollar américain par jour le seuil de pauvreté international, contre un dollar précédemment. Le nouveau seuil réprésente le seuil de pauvreté moyen des 10 à 20 pays les plus pauvres. Selon ce nouveau critère, 1.4 milliard de personnes dans le monde en développement vivent avec moins de 1.25 dollar par jour!
Le marché n’a jusqu’ici pas su répondre à la question de l’allocation optimale des ressources pour fournir ces besoins vitaux aux pays les plus pauvres.
- 2/ créer des agences internationales « ECOBASE ».
Elles seraient chargées de mettre en oeuvre les principes de base édictés dans la charte des droits économiques à l’échelle de chaque pays. Il faudrait donc prévoir 198 agences.
Ces agences seraient financées par des fonds publics et privés mais seraient administrées par un opérateur public international dans lequel les pays auraient des droits de vote au prorata de leur population.
Comment traduire concrètement l’application de ce programme sur le terrain?
Les fonds alloués aux agences seraient utilisés pour :
- créer des pôles alimentation : sortes de supermarchés (nombre à prévoir en fonction de la densité de la population) dans lesquels on pourrait trouver des produits de base. Ces produits seraient codifiés dans une nomenclature internationale et les prix seraient administrés. J’assume ici l’idée qu’une économie planifiée est la seule garantie pour répondre aux besoins vitaux auxquels on a fait allusion plus haut. En revanche, je reste fortement attaché à l’idée que ce programme doit coexister avec un libéralisme peu contraint qui puisse favoriser les initiatives individuelles de l’homme. Mais j’aborderai ce point là dans un prochain article.
- créer des pôles habitat : cette division aurait en charge la construction de logements selon un cahier des charges défini par des normes environnementales (utilisation des ressources naturelles locales, recours aux énergies renouvelables, etc...)
- créer des pôles santé avec un programme de vaccination et de soins minima pour tous.
- créer des pôles sécurité dans le cadre de négociations à définir avec les pouvoirs public locaux.
- 3/ adopter une monnaie internationale unique : le « HUMAN»
Il faut un Bretton Woods II. En 1944, Keynes était sur le point d’imposer le Bancor, monnaie supranationale.
Que permettrait aujourd’hui l’adoption d’une monnaie internationale unique ?
Cela permettrait d’annuler la spéculation irrationnelle sur le marché des changes, de supprimer les politiques unilatérales de changes qui profitent aux uns et pas aux autres (dévaluations, réévaluations). Cela serait de nature à réinstaurer les conditions optimales des termes de l’échange entre les nations. En somme, cela créerait les conditions d’un commerce plus loyal où les asymétries seraient atténuées.
Je vous laisse le soin de faire des propositions pour donner un nom à cette nouvelle monnaie.
Je suggère le « human ». Mais il y a certainement mieux. A vous de jouer...
Il y a bien d’autres pistes et bien d’autres façons d’imaginer un "monde meilleur". J’aurai l’occasion de faire d’autres propositions dans d’autres articles.
Ces trois premières suggestions ont d’abord pour objectif de lancer le débat et d’ouvrir le champ des perspectives à des solutions réalistes ou même utopiques.
Car enfin et après tout, "l’utopie n’est que le nom donné aux réformes lorsqu’il faut attendre les révolutions pour les entreprendre" (Jacques Attali) .
Alors à vous....
Humainement votre.
PV
